Assemblée Nationale
Séance du 7 février 1996
Compte-rendu intégral :
Question de M. François GROSDIDIER,
Député de la Moselle,
à M. le Ministre de l'Education Nationale sur la violence dans les établissements scolaires.

M. Philippe Séguin, Président de l'Assemblée Nationale : L'ordre du jour appelle les questions au Gouvernement... La parole est à M. François Grosdidier.

M. François Grosdidier : Ma question s'adresse à M. le Ministre de l'Education Nationale. Tout d'abord, je voudrais rappeler que, pour la première fois depuis 1987, les chiffres de la délinquance sont en baisse. Ces données objectives rendent justice au Gouvernement et aux forces de l'ordre en général, et à M. le Ministre de l'Intérieur en particulier.

M. Jean-Pierre Brard (PCF) : S'il y en a un qui y est pour rien, c'est bien lui !

M. François Grosdidier : Monsieur le Ministre de l'Education Nationale, paradoxalement, la délinquance des mineurs est en progression et gagne certains établissements scolaires.

Les enseignants sont directement exposés et ont fort légitimement exprimé leur inquiétude. Si on arrive aujourd'hui à un degré où même les enseignants sont insécurisés, imaginons à quel point et depuis combien de temps les gamins, les écoliers, peuvent être terrorisés !

L'idée qu'il existe des zones de non-droit est déjà insupportable. Il est plus inadmissible encore que, dans ces zones, les écoles, collèges et lycées ne constituent même plus des îlots de la République. Les enseignants, et d'abord les enfants, n'y sont plus à l'abri de la loi de la jungle !

S'il faut refonder la République, il faut commencer par l'école. C'est une question, non de moyens budgétaires, mais de principes de civilisation.

Certains ont affirmé, en mai 68 et depuis qu'il était "interdit d'interdire". Nous récoltons aujourd'hui ce qu'ils ont semé. Il faut avoir le courage et l'humilité de revenir à la "case départ", à Jules Ferry, aux principes de base de la République.

Comment, Monsieur le Ministre, comptez-vous rétablir l'ordre républicain dans les établissements scolaires ?

Si le numéro "SOS violence" peut apporter conseil et soutien, ne faut-il pas dire aussi que, lorsqu'il y a délit, c'est le 17 (N° de la Police) qu'il faut appeler ? La Police doit intervenir et la Justice, poursuivre et non classer !

Un autre choix serait l'acceptation d'un communautarisme qui sonnerait le glas de la Nation française.

Hier, Monsieur le Ministre, vous avez dit avec raison qu'il fallait refaire de l'école un sanctuaire. Pour combattre le mal à la source, il faudrait en refaire un creuset de la République.

Ne doit-on pas revenir à l'enseignement des principes moraux de base et des règles sociales élémentaires, permettant au "citoyen en devenir" qu'est l'enfant de distinguer simplement le bien du mal ?

L'instruction civique ne devrait-elle pas insister autant sur les devoirs que sur les droits ? Si aujourd'hui, une génération de "grands frères" est déboussolée, ne faut-il pas dès maintenant tout faire pour prévenir les petits frères de tels errements ?

M. le Président : Veuillez conclure !

M. François Grosdidier : Monsieur le Ministre, que comptez-vous faire concrètement ? (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l'Union pour la Démocratie Française et du Centre)

M. Pierre Mazeaud (RPR) : Il ne compte rien faire !

M. Jean-Pierre Brard (PCF) : C'est fraternel entre camarades !

M. le Président : La parole est à M. le Ministre de fEducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.

M. François Bayrou, Ministre de l'Education Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche : Je vous remercie, Monsieur Grosdidier, d'avoir noté qu'il y a dans ce problème de violence à l'école, perçu douloureusement par la société française, plus qu'un enjeu interne à fEducation Nationale, un véritable enjeu de société.

Après l'avoir dit hier, je répète que notre première tâche est de manifester à ceux qui sont en première ligne, notre solidarité, notre compréhension et, quand il le faut, notre admiration pour le travail qu'ils font.

M. André Santini (UDF) : Très bien !

M. le Ministre de l'Education Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche : Comme je le disais encore hier, il faut rompre avec certains idéalismes qui étaient des irréalismes et qui ont conduit à des accidents majeurs ceux qui voulaient que l'école eût d'abord pour vocation de manifester non pas son ouverture d'esprit, mais son ouverture physique.

Dans une émission que certains d'entre vous ont peut-être regardée hier soir, je dialoguais avec une jeune enseignante qui a été agressée dans son établissement, comme cela arrive si souvent hélas ! par des éléments extérieurs à l'établissement. Dans ce lycée, il y a plus de cinquante portes ouvertes sur l'extérieur.

M. Pierre Mazeaud : Cinquante portes !

M. le Ministre de l'Education Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche : C'est une manifestation de ce que nous n'avons pas réussi à considérer : l'école est un lieu où, comme vous le dites, doit en effet s'exprimer une partie du sacré républicain.

M. Christian Bataille (PS) : Il n'y a pas de sacré républicain. C'est ridicule. La République est laïque.