La politique de lutte contre la délinquance juvénile au Royaume-Uni.

A la lecture des mesures prises en matière de sécurité par le nouveau gouvernement britannique en place depuis mai 97, il apparaît que Tony Blair a fait de la délinquance juvénile sa première cible. Les réponses qu'il apporte sont plus fermes que celles des gouvernements conservateurs qui l'ont précédé.

S'inspirant d'un rapport remis fin 97, "A new approach to tackling youth crime", le gouvernement a présenté, été 98, son "Crime and Discorder Act", qui rassemble toutes ces mesures. Trois orientations y ont été retenues pour lutter efficacement contre la délinquance des mineurs.

Tous les acteurs sont mobilisés dans la prévention de la délinquance juvénile. Les pouvoirs de police sont renforcés, tout comme l'implication des parents. La première mesure vise à limiter la présence d'enfants seuls dans les rues, que ce soit le jour, pendant les horaires scolaires, ou la nuit.

Le gouvernement britannique a en effet décidé de s'attaquer sérieusement au problème de l'absentéisme scolaire, car les statistiques montrent qu'un nombre élevé d'infractions est causé par des enfants pendant les heures de classe (5 % à Londres).

De plus, des enfants non éduqués seront plus vulnérables et deviendront plus facilement des adultes délinquants.

Pour limiter le phénomène "d'école buissonnière", la police voit ses prérogatives élargies. Elle est désormais habilitée à interpeller les enfants trouvés seuls dans la rue. Les parents pourront également être rendus responsables de ne pas avoir surveillé leurs enfants. Le gouvernement britannique veut aussi réduire le nombre des exclusions, afin que les enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes. Celles-ci doivent se limiter aux enfants réellement réfractaires. La discipline doit être renforcée pour tous les autres. II doit être donné aux écoliers exclus une éducation à temps plein à l'extérieur de l'école.

Les autorités locales sont autorisées à instaurer un couvre-feu pour les mineurs de moins de 10 ans et à interdire aux jeunes enfants non accompagnés l'accès à certains lieux à des heures tardives. En cas de non respect de ces mesures, les policiers sont habilités à raccompagner les enfants chez leurs parents, après avoir prévenu les autorités locales.

La seconde orientation du Gouvernement de Tony Blair est un durcissement du régime de responsabilité des mineurs. Est abolie la règle du "doli incapax" qui présume que les mineurs de moins de 14 ans ne connaissent pas la différence entre le bien et le mal. Cette abolition symbolise la volonté de rendre les jeunes responsables de leurs actes. La majorité pénale est abaissée à 10 ans pour les infractions à caractère sexuel et celles constituant un trouble grave à l'ordre public.

II est aussi donné aux forces de l'ordre la possibilité de répondre efficacement à la petite délinquance. Elles peuvent procéder à des admonestations. Elles bénéficient d'une plus grande liberté dans la détermination de la réponse la plus adéquate à apporter aux infractions légères.

Enfin, des réponses socio-éducatives à la délinquance juvénile visent enfants et parents. Ces derniers sont placés face à leurs responsabilités. Ils peuvent faire l'objet par le tribunal d'un parental order qui fait peser sur eux la prévention de la récidive. Le juge leur explique la portée de la mesure prise.

A l'encontre des jeunes délinquants, une plus grande place est accordée à la réparation comme alternative à la sanction pénale. Les jeunes délinquants peuvent se voir infliger des travaux d'utilité publique. Le nouveau dispositif permet l'aggravation progressive des sanctions.

Le gouvernement britannique a décidé de mettre fin à l'impunité dont bénéficiaient trop souvent les mineurs délinquants, dans le seul but de faire baisser les chiffres de la délinquance juvénile, qui représentent une part substantielle du chiffre global de la délinquance totale.

II préfère établir des statistiques fidèles à la réalité et faire reculer la délinquance dans la réalité.