L'application réussie des principes de "zéro tolérance" et de la "vitre cassée" sur la Ville de New York.

Au cours de ces dernières années, le recul de la délinquance à New York est impressionnant. Ses quartiers les plus dangereux ont connu un apaisement significatif : de 93 à 97, les crimes violents ont baissé de 39 % à Harlem et de 45 % dans le Bronx.

Ces résultats sont mis au crédit de la politique de Rudolph Giuliani, maire de New York depuis 94. II a fondé sa politique sur le principe de "zéro tolérance".

Les principes :

Ce principe a été exposé pour la première fois par deux criminologues américains, James Q. Wilson et George L. Kelling, dans un article publié en mars 82 dans la revue The Atlantic Monthly, sous le titre "La vitre cassée, la police et la sécurité de quartier".

Cette théorie, initialement formulée par Philip Zimbardo, psychologue à l'Université de Stanford, en 1969, démontre qu'une vitre cassée jamais réparée sera suivie par la destruction de toutes les autres vitres de la rue. En effet, la dégradation visuelle d'un quartier procure un sentiment d'impunité pour les délinquants et d'insécurité pour ses habitants. Le pillage des magasins, les graffitis sur les murs relèvent de la même logique. Toutes les "incivilités" quotidiennes vont être le terreau favorable du développement de crimes plus graves et transformeront très rapidement ces quartiers, autrefois lieux de vie, en dangereuses cités-dortoirs.

Cet article pousse à rétablir le lien indispensable entre le maintien de l'ordre, première fonction de la police, et la lutte contre le crime. Afin de limiter la grande criminalité, la police ne doit laisser impunie aucune petite "incivilité".

La solution pratique préconisée par les deux universitaires est de multiplier la présence policière dans les rues. C'est la présence d'uniformes, portés par de vrais policiers capables et chargés de répondre à toute situation, qui saura rendre aux riverains un sentiment de sécurité, et lutter efficacement contre la petite délinquance et la grande criminalité.

Les deux chercheurs préconisent également une plus grande autonomie laissée à la police dans le traitement de la délinquance. Pour eux, les solutions doivent être adaptées au milieu et aux populations locales auxquelles elles s'adressent. La police doit pouvoir réprimer le désordre lorsqu'elle a le sentiment, qu'au vu des circonstances locales particulières, il risque d'encourager des comportements criminels. Cette autonomie ne peut cependant être consentie qu'à des professionnels sévèrement sélectionnés, parfaitement formés et rigoureusement contrôlés, qui ont une idée précise de ce que sont les limites de leur pouvoir discrétionnaire, afin de ne pas en abuser.

Les axes de cette politique :

La politique du maire de New York, Rudolph Giulani, calée sur ces principes, a permis la baisse de la criminalité de 49 % en cinq ans, lui faisant atteindre son plus bas niveau en trente ans.

Le premier axe de cette politique a été la réorganisation du NYPD : lutte contre la corruption, allègement de la bureaucratie et établissement de liens avec le public. La formation des nouveaux policiers a mis l'accent sur les objectifs du programme "Courtoisie, Professionnalisme et Respect". Les effectifs de la police new-yorkaise ont été doublés.

Le maire a défini cinq priorités :
  • la lutte contre la drogue,
  • le démantèlement des trafics d'armes,
  • la lutte contre la délinquance juvénile,
  • le traitement de la violence familiale,
  • les atteintes à la qualité de vie.
  • Ces trois dernières priorités sont assurées directement selon les thèses de l'article de l'Atlantic Monthly.

    La lutte contre la drogue, elle, ne concerne pas uniquement l'offre, mais aussi la demande, car la délinquance est très liée à la consommation de drogue (80 % des délinquants new-yorkais âgés de plus de 15 ans se droguent). Cette lutte vise à protéger en particulier les jeunes, premières victimes de ce fléau. Elle s'appuie sur le respect de la loi, la prise en charge des drogués et des mesures éducatives. Le contrôle a été renforcé autour des écoles, zones où patrouillent des agents des brigades des stupéfiants, armés et en uniforme.

    Autre aspect de cette politique : Pour optimiser son efficacité, la police new-yorkaise s'est dotée d'un outil informatique : Compsat. Cet instrument, mis au point par Jack Maple et John Linder, fournit et permet d'analyser les statistiques des crimes et délits. Le maire insiste sur l'aide précieuse de cet outil qui analyse ainsi les statistiques toutes les semaines.

    La controverse :

    Les détracteurs de la méthode Giuliani attribuent souvent la baisse du taux de criminalité à la seule hausse du nombre d'emprisonnements aux USA. Le taux de 97 était le double de celui de 85. Cependant, le lien n'est pas si simple à établir. La drogue n'est pas recensée dans les statistiques du FBI sur la criminalité. Leurs chiffres ne portent que sur les crimes violents et les atteintes à la propriété. Pourtant, le trafic de drogue est responsable du tiers des nouvelles incarcérations. Depuis 80 aux USA, le taux d'incarcération pour trafic de drogue a augmenté de 1 000 %. De plus, New York ne fait pas partie des villes américaines où le taux d'emprisonnement a le plus augmenté. Elle est pourtant devenue une des grandes villes les plus sûres des USA, en partant du plus bas.