Permettre à chacun de vivre de son travail
L'emploi va mieux, dit-on. Vrai. Nous le devons principa lement à trois facteurs :
  • En économie mondialisée, la conjoncture internationale rejaillit sur tous les pays industrialisés. L'embellie conjoncturelle profite davantage à l'Amérique. La France en bénéficie aussi dans une moindre mesure, mais suffisamment pour inverser la courbe du chômage.
  • L'économie française et le gouvernement actuel recueillent les fruits des réformes structurelles du précédent gouvernement. Sur la sécurité sociale, la SNCF et d'autres dossiers, la droite aura récolté l'impopularité et la gauche, en se gardant bien de remettre en cause ces réformes, en aura tiré les bénéfices. Ironie de l'Histoire.
  • Depuis la rentrée 98, les jeunes arrivent désormais moins nombreux chaque année, alors qu'ils étaient toujours plus nombreux depuis trente ans. La tendance s'est inversée et se poursuivra à la baisse dans les années àvenir. L'effet à court et moyen terme est très bénéfique sur l'emploi. Par contre, à long terme, il accentuera le problème du financement des retraites.
  • Bref, pour l'instant, le chômage recule. Cette décrue sera favorisée, pendant plusieurs années encore, par les facteurs extérieurs à l'action gouvernementale : conjoncture internationale; démographie française; commencement seulement, en Europe, de la révolution des nouvelles technologies de la communication et de l'information...

    Paradoxes du chômage !

    L'embellie économique ne résout pas pour autant le chômage et l'exclusion. Nous vivons des paradoxes. Dans les grands groupes industriels, plans sociaux riment avec bénéfices et surcote en bourse. L'économie, aujourd'hui mondialisée, concentrée et financiarisée, oppose comme jamais le capital et le travail. Cette opposition semblait pourtant dépassée par l'émergence de la classe moyenne, entre "prolétariat" et "bourgeoisie". Dépassée aussi par la faillite du système communiste qui avait appliqué l'idée "d'appropriation collective des moyens de production". La réponse n'est pas dans le capitalisme sauvage, ni dans le collectivisme, ni même dans l'autogestion qui n'est pas à l'échelle des entités économiques d'aujourd'hui.

    La réponse à la crise du système actuel réside dans l'association capital/travail, la participation des salariés au capital et à la vie de leur entreprise. Vieille idée du Général de Gaulle, combattue à l'époque par la droite et la gauche, par le patronat et la CGT. Cette idée est plus moderne que jamais. Elle est la réponse au malaise actuel de notre économie libérale.

    Autre paradoxe : Des jeunes et des moins jeunes, toujours nombreux, cherchent vainement du travail. Dans certaines catégories, malgré l'embellie économique, l'exclusion persiste, voire progresse... Parallèlement, de nombreuses entreprises cherchent du personnel qualifié et ne le trouvent pas. De nombreux secteurs économiques (métallurgie et mécanique, logistique, bâtiment et travaux publics...) connaissent cette pénurie de main d'oeuvre. Pénurie qui s'accroîtra, dans les prochaines années, avec le départ à la retraite de la génération nombreuse du "baby boom" d'après-guerre. C'est le résultat de l'inadéquation formation/emploi. Il est grand temps d'orienter et de former les jeunes en fonction des débouchés.

    Le paradoxe de Woippy.

    De surcroît, Woippy connaît son propre paradoxe. Par rapport à sa population, notre commune est parmi celles de l'agglomération messine qui comptent le plus grand nombre d'entreprises, mais aussi le plus grand nombre de chômeurs. D'autant plus contradictoire que notre commune est aussi l'une des plus aidées financièrement pour lutter contre le chômage et l'exclusion, à travers la politique de la Ville, le partenariat (récent, il est vrai) avec l'ANPE, l'action de la Région pour l'insertion des jeunes.

    Nous devons d'abord tirer le meilleur parti des nombreuses entreprises implantées sur notre territoire communal. Mon premier objectif : permettre aux chômeurs de Woippy d'accéder aux emplois disponibles dans nos entreprises.

    Mon schéma est simple : Créer et entretenir un rapport permanent avec nos entreprises pour connaître leurs besoins en recrutement, immédiats ou futurs. Organiser des stages de formation et d'insertion orientés sur les débouchés ainsi identifiés. Informer, inciter, si nécessaire responsabiliser, nos chômeurs pour qu'ils s'engagent sur les voies ainsi tracées menant immédiatement, ou au terme d'un stage bien ciblé, à l'emploi.

    Insertion par l'économique.

    Bien sûr, tous les chômeurs ne trouveront pas pour autant un emploi dans le secteur marchand. J'entends poursuivre le développement de Woippy-Régie, utiliser toutes les opportunités pour les entreprises d'insertion et multiplier les initiatives d'insertion par l'économique. En 1994, j'avais proposé la mise en place d'un Plan Local d'Insertion par l'Economique au trois communes du contrat de Ville : Metz, Montigny et Woippy. Aucune n'en a voulu. Dommage ! Partout où il a été mis en oeuvre, cet outil a produit des résultats concluants. Nous le ferons en 2001.

    Ces salariés que cherchent les entreprises lorraines... en vain !

    Par les moyens massifs à l'échelle de la commune dont nous pouvons disposer par la Mairie et la Mission Locale, je souhaite intensifier la méthode que j'ai initiée à la Région.

    Après ma réélection en 98 à la fonction de vice-président du Conseil Régional, ma délégation, qui portait déjà sur la reconversion, a été étendue à la formation initiale et professionnelle, à l'apprentissage et à l'insertion. J'ai immédiatement constaté ce paradoxe de l'inadéquation entre la formation et l'emploi. Nos entreprises lorraines cherchent vainement soudeurs, tourneurs-fraiseurs, métalliers, chaudronniers, caristes, logisticiens, couvreurs, maçons, carreleurs... La liste est longue.

    Alors qu'il y a tant de jeunes au chômage, de jeunes qui ne croient même plus à rien, qui ne distinguent aucune perspective, notre société marche sur la tête !

    Métiers trop faiblement rémunérés ? Pour certains, peut-être. Pour d'autres, certainement pas. Un jeune soudeur ou tourneur-fraiseur gagne davantage que son copain employé de banque ou son camarade Bac + 4 entré dans la Fonction Publique. Métiers trop pénibles ? Parfois vrai. Souvent faux. Les pratiques professionnelles ont évolué. Avec les commandes numériques, le travail des métaux est aussi bien ouvert aux filles qu'aux garçons. Mais qui le sait ?

    Les filières d'enseignement professionnel ou d'apprentissage vers ces métiers porteurs ne sont pas assez importantes au regard de l'offre d'emploi en Lorraine. Elles ne suffisent pas à pourvoir aux besoins de recrutement de nos entreprises. Pourtant, certaines sont menacées de fermeture, faute de recrutement en amont.

    Les jeunes en âge d'entrer au lycée ou en apprentissage étant moins nombreux chaque année, l'Education Nationale risque de fermer d'abord les sections d'enseignement professionnel où les collégiens ne vont pas, alors qu'elles assurent 100 % de débouchés à leur issue. Parallèlement, elle maintiendra les sections toujours bien pleines mais qui mènent les jeunes droit vers l'ANPE. On n'atteint jamais le bout de l'absurde.

    Dans les avis que je donne au Recteur (car la décision lui appartient) pour les ouvertures et fermetures de sections d'enseignement professionnel, dans les décisions que je prends pour les ouvertures et fermetures de sections d'apprentissage, dans la programmation de stages de formation professionnelle que finance la Région, je n'ai qu'un seul critère : les débouchés à la sortie.

    Le seul but est l'emploi. La formation n'est que le moyen de l'atteindre. Elle lui est donc subordonnée. Inutile de dire que cela a pu grincer, coincer et couiner dans un monde de la formation et de l'enseignement, habitué à se définir sur ses critères propres, et certainement pas sur des considérations économiques. Il ne s'agit pas de complaisance à l'égard du monde économique, mais de responsabilité àl'égard des jeunes.

    J'ai trop entendu le désespoir de ces jeunes, mal orientés en toute bonne conscience, pour ne pas me révolter

    A ma permanence, j'ai reçu trop de titulaires de CAP bureautique, sanitaire ou social, de licencié(e)s en lettres, en communication ou en sociologie... J'ai trop entendu leur désespoir quand je ne les ai pas vus pleurer sans rien pouvoir faire, pour ne pas me révolter devant ce gâchis, produit et reproduit en toute bonne conscience.

    Il faut donc que les jeunes s'orientent sur une offre de formation définie en fonction de l'offre d'emploi. J'écris "s'orientent" et non "soient orientés". Nous ne sommes pas en Union Soviétique ou en Chine Populaire. L'Etat ne planifie pas le devenir professionnel de chacun. Il ne décide pas à la place de l'individu. Il ne dispose pas de son destin. En pays de Liberté, l'individu est libre de son choix, mais il doit l'assumer. Si un artiste passionné ne veut pas limiter son art aux loisirs, s'il veut en faire son métier et refuse toute autre voie professionnelle, il en a le droit. La liberté a pour corollaire la responsabilité. Il doit assumer son choix et ne pas en vouloir à la société si, ne rencontrant pas le succès, il ne vit que du RMI.

    Il existe un droit au travail, mais pas au travail que l'on veut s'il ne répond pas aux besoins de nos semblables.

    A tout choisir, j'aurais voulu être navigateur. J'ai été employé de libre-service dans un hypermarché, employé au classement des fichiers à la Caisse d'Allocations Familiales... et bien d'autres choses encore jusqu'à pouvoir vivre un tout petit peu ma passion dans les quelques loisirs que mon activité me laisse. Je n'avais pas les opportunités et moins encore le talent d'Eric Tabarly. Je n'en ai jamais incriminé la société.

    Cependant, la collectivité a la responsabilité de donner au jeune et à sa famille toutes les informations pour le choix le plus judicieux. Je la juge coupable de les renseigner sur tout, filières de formation, niveau requis, déroulement des cursus, sanction des études... de les renseigner sur tout, sauf sur les débouchés.

    Ma volonté de vice-président de la Région : Que chaque jeune Lorrain s'oriente désormais, non seulement sur les critères traditionnels de ses goûts personnels, de ses capacités personnelles et des possibilités de formation à proximité, mais aussi et surtout sur les débouchés à la sortie !

    J'ai mobilisé les moyens de la Région autour de cette priorité de l'information sur les débouchés : forums métiers jeunes, partenariats entre établissements scolaires et entreprises, financement de publi-reportages dans les journaux ou à la télévision régionale pour faire connaître les métiers porteurs. Une révolution culturelle s'engage. Elle exige une communication massive et répétitive, tout le temps nécessaire, pour que ces idées entrent dans les têtes et qu'en sortent préjugés ou images désuètes.

    Collégiens et lycéens ne sont pas seuls concernés. Les demandeurs d'emploi le sont autant. Certains disposent d'une formation suffisante. D'autres ont besoin de l'actualiser ou de l'approfondir. Beaucoup, particulièrement les jeunes accueillis dans les Missions Locales, sont finalement au même stade que les collégiens, confrontés à un choix d'orientation et de formation. Une nouvelle fois, après souvent une période de "galère". Une seconde parce que la deuxième est souvent la dernière chance d'acquérir un passeport pour la vie professionnelle.

    Ou ces jeunes ont échoué dans leurs études. Ou ils les ont réussies mais elles ne les ont menés à rien. On peut et on doit exiger d'eux une remobilisation, un effort sur euxmêmes. Mais on ne peut le leur demander pour rien. Une mauvaise orientation en formation initiale est préjudiciable. Renouvelée à ce stade, ses conséquences peuvent être tragiquement définitives.

    C'est dans cet esprit, conscient de cet enjeu, que j'ai pris en charge le CFI. En jargon technocratique : le Crédit de Formation Individualisée. En fait : l'insertion et la formation des jeunes demandeurs d'emploi qui sont sortis de l'école sans qualification ou avec une qualification obsolète qui ne leur permet pas de trouver un emploi. Ces jeunes sont accueillis dans les missions locales et P A.LO. (permanences d'accueil, d'information et d'orientation).

    En finir avec les stages parkings !

    Certains jeunes sont en très grande difficulté, inaptes à se présenter à travailler en entreprise ou même à réapprendre un métier. Je refuse qu'ils suivent stage sur stage juste pour les occuper ou pour les rémunérer, dans l'attente d'être en âge de percevoir le RMI. C'est ce qui a été fait trop longtemps. Je refuse d'y mettre un Franc de la Région car c'est se moquer du contribuable et du jeune.

    A ces jeunes si éloignés de l'emploi, la Région propose, en amont d'un véritable parcours d'insertion, des actions d'orientation, courtes, graduées. Aussi loin et bas que soit son point de départ, le jeune ne doit jamais faire de sur place. Il doit se mettre en marche, se placer dans une dynamique d'insertion. Non pas cheminer dans un labyrinthe, mais gravir, marche par marche, un escalier peut-être long et difficile mais qui seul peut remplacer un ascenseur social en panne.

    En aval, nous organisons des actions pré qualifiantes, des actions articulées sur l'emploi direct ou la recherche de contrats en alternance : contrats de qualification ou, pour les plus jeunes, contrats d'apprentissage.

    Je crois beaucoup aux chantiers d'insertion professionnelle : plaçant les jeunes successivement en chantier, en formation et en entreprise, ils permettent la confrontation au travail et favorisent une insertion rapide.

    Plus en aval, nous programmons des actions qualifiantes permettant aux jeunes d'obtenir un diplôme reconnu par l'Education Nationale (C.A.P.) ou par la branche professionnelle (certificat d'aptitude). Bien sûr, j'oriente toujours ces actions vers les métiers porteurs.

    Ce dispositif constitue cette seconde chance qu'offre le Conseil Régional aux jeunes demandeurs d'emploi. Et nous y associons bien volontiers des chômeurs de plus de 26 ans, même s'ils relèvent théoriquement de l'Etat et non de la Région. Ces outils que nous créons à la Région, j'entends les utiliser systématiquement dans notre commune.

    Je vous ai décrit mes idées pour que les demandeurs d'emplois de Woippy aient accès aux emplois existants et non pourvus, disponibles dans la commune et au-delà.

    Implanter des entreprises et augmenter le nombre d'emplois dans la commune !

    Je souhaite aussi augmenter le nombre de ces emplois. Député, j'en avais fait ma priorité dans la circonscription. Quatre ans de travail quotidien, dossier par dossier, pour "accrocher" des investissements étrangers, pour soutenir le développement d'entreprises mosellanes, pour concrétiser les idées de créateurs potentiels, pour forcer les portes afin de secourir des entreprises en difficulté... mon bilan : 1000 emplois créés dans 35 entreprises de la circonscription et 900 emplois sauvegardés ou consolidés dans 24 entreprises...

    J'entends agir ainsi à la mairie. Conforter les entreprises existantes à Woippy et en attirer de nouvelles. Dès leur projet d'implantation, le plus tôt possible, nous analyserons avec elles leur besoin de recrutement, définirons les profils et organiserons les actions de formation pour permettre à nos chômeurs d'y accéder.

    Attirer les entreprises exige de prospecter, de négocier, de séduire et de convaincre. Mais il y a une condition préalable disposer d'espaces de qualité pour les accueillir. La municipalité l'a ignoré jusqu'à présent. C'est pourquoi je préconise un nouvel urbanisme pour garantir la qualité de vie, ellemême facteur d'attractivité, et pour assurer l'expansion démographique, économique et sociale de Woippy.