L'affaire des obus chimiques :
le double scandale du silence et de l'impuissante politique !

En mai dernier, François Grosdidier n'est pas maire depuis deux mois. Alors éclate l'affaire des obus chimiques de Vimy. Toute la France en parle. L'hebdomadaire "Le Point"; publie une carte de France des stocks d'armes chimiques où figure le Fort Déroulède à Woippy.

Le Préfet rassure le maire : « Les 16 tonnes d'obus contenant du gaz moutarde sont stockées en toute sécurité, à la verticale, dans des conditions optimales. Elles seront détruites dans l'usine qui va être construite dans le camp militaire de Suippes et qui devrait être achevée en 2007 ».

Le maire veut bien croire que les obus sont correctement stockés, mais il pense qu' « aussi minime soit le risque, il ne doit pas être pris au coeur d'une agglomération de 200 000 habitants ». Même si l'usine de Suippes est opérationnelle en 2007, il lui faudra 15 ou 20 ans au moins pour traiter toutes les armes existant sur le territoire. On ne commencera pas par celles stockées dans des entrepôts organisés comme celui de Woippy. Le maire demande que, d'ici à leur destruction, les obus chimiques de Woippy soient déjà stockés à Suippes : « Premièrement, Suippes est le lieu de destination finale des obus, autant les y amener tout de suite que plus tard, quand la corrosion les aura davantage entamés, explique le maire. Deuxièmement, Suippes est en rase campagne. Troisièmement, c'est un camp militaire, donc gardé par l'Armée, alors que le Fort de Woippy n'est protégé que par des alarmes, sans présence humaine permanente ! »

Le Conseil Municipal de Woippy, bientôt suivi par tous les conseils municipaux de l'agglomération messine, demande solennellement le transfert à Suippes des obus de Woippy. La position de François Grosdidier est raisonnable et réaliste. Lui-même est persuadé que la solution de Suippes, si logique et à priori si facile à réaliser, sera vite mise en oeuvre. C'est compter sans les blocages technocratiques et l'absence de volonté politique. Les ministères de l'Intérieur (chargé du stockage) et de la Défense (chargé du traitement) refusent de coopérer et de se partager le "sanctuaire militaire" qu'est le camp de Suippes !

Le mensonge du député sortant sur la désaffectation du fort !

Pour justifier l'impuissance des élus nationaux, J-P Masseret, Secrétaire d'Etat à la Défense chargé des Anciens Combattants (PS), reproche au maire de «  créer une psychose dans la population alors que ces obus ne présentent aucun danger ». F. Grosdidier s'était pourtant abstenu de propos alarmiste. Mais là, il change le ton. C'est alors que le député Terrier annonce par voix de presse « avoir obtenu l'assurance du ministre de l'Intérieur de la fermeture définitive du site de Woippy ». Dans le Républicain Lorrain, au mois d'août, il se déclare "satisfait" de la réponse. Satisfait de pas grand-chose, car la réponse ministérielle ne précise aucun délai. Certes, le Fort Déroulède sera fermé... un jour. Cela n'est pas un scoop. Toute chose a une fin... un jour. Le problème est de savoir quand et comment. Pour le Fort Déroulède, on n'en sait toujours rien !

Là comme ailleurs, le député Terrier se contente de peu, pour s'attribuer tous les mérites d'une réponse qui n'en est pas une. Entre "langue de bois" et mensonge, il fait croire qu'il a fait avancer le dossier. II annonce que ça y est : «  le Fort Déroulède est désaffecté ! » C'est faux ! Le Fort est toujours affecté, très officiellement, au stockage des obus. Il annonce le prochain départ des obus, en même temps que la réalisation de 3 millions d'Euros d'investissement pour sécuriser ce fort... qui serait déjà désaffecté et bientôt fermé ! Totalement incohérent.

Obus pas dangereux pour les vivants, mais dangereux pour les morts !

Début juin 2001, la mairie de Woippy envoie à la Préfecture le dossier d'enquête publique pour l'extension du cimetière où il ne restait plus que 40 places. Les mois passent. Le dossier est enterré. Alors que le PS accusait le maire de vouloir "créer une psychose" en demandant le transfert des obus, personne dans l'administration ne veut signer un document pour une opération « pouvant générer une augmentation de la fréquentation du site, en application de la Directive Seveso, surtout après le drame de Toulouse ». Un comble !

Le cimetière saturé et son extension bloquée 6 mois par le silence de l'administration.

En février dernier, il n'y a plus que six places au cimetière. F. Grosdidier déclare à la presse qu'il va devoir prendre « un arrêté municipal pour interdire aux Woippyciens de mourir », ou alors qu'il devra illégalement procéder aux inhumations.

Le chantier de la Maison de la Petite Enfance interrompu en raison de la dangerosité du site.

Il obtient une réunion en Préfecture sur ce dossier : le Secrétaire Général lui indique qu'en raison de la dangerosité du site du fait des obus chimiques et classiques, on ne peut aménager des « lieux regroupant des personnes » dans un périmètre de 566 mètres autour du fort. Le maire répond que le cimetière est certes un « lieu regroupant des personnes, mais des personnes défuntes ». Par contre, il fait remarquer que la ville est en train de construire en plein dans ce périmètre, avec toutes les autorisations de l'Etat, une Maison de la Petite Enfance, dont le gros oeuvre est achevé et qui, selon cette réglementation, ne pourra pas ouvrir ! De même que l'on devrait fermer, toujours dans ce périmètre, la salle inter associations, l'école de musique et... l'église paroissiale.

En août, au terme d'un traitement superficiel du dossier et dans une lettre de "parfaite langue de bois", le député Terrier prétendait avoir réglé l'affaire... 6 mois plus tard, les obus sont toujours là. Le dépôt est conforté par 3 millions d'Euros d'investissement. Et, en raison des risques, aucun fonctionnaire ne veut plus prendre la responsabilité de construction dans son périmètre proche !